Ecole David-Régnier--Paul-Fort de Verrières-le-Buisson (Essonne)

Qui était Paul Fort ?

Que disait-on de Paul Fort ?

Que lisait-on dans la presse lors des obsèques de Paul Fort en avril 1960 ?

Portraits de Paul Fort

Poèmes de Paul Fort




Poème de Paul FORT

Il faut nous aimer sur terre,
il faut nous aimer vivants

Ne crois pas au cimetière
il faut nous aimer avant.

Ta poussière et ma poussière
deviendront le gré des vents


Les poèmes suivants ont été choisis en fonction de leur intérêt pédagogique, culturel ou local.


AIR DU VRAI BONHEUR OU CHANSON DU CONSTRUIRE ET DU JARDINER
AUTOUR DE L'OCEAN
BALLADES PROVENçALES: LA MEDITERRANNEE
CHANSON DES GIFLES DU VENT
CHANSON DU FOU MELE-TOUT
CHANSON DU PETIT MOUTON QUI BELE SUR LA FALAISE
CHANSON DU VA-ET-VIENT DU VENT
COMPLAINTE DU PETIT CHEVAL BLANC
ETYMOLOGIE COMMODE
L'ARBRE A POEMES
L' ECUREUIL
LA GRENOUILLE BLEUE
LA MER
LA RONDE AUTOUR DU MONDE
LA TORTUE EN MARCHE
LE BAL DES ICEBERGS
LE BONHEUR
LES DIFFERENCES
LE JOUR BRILLE
LE ROI DE VERRIERES OU LES ENFANCES-BOURRELIER
LES JOUEURS INNOCENTS OU LA CHANSON DES COUCOUS
L'HORLOGE DU BRACONNIER
MERLIN L'ENCHANTEUR
MONTAGNE
OMBRE DES BOIS
PROSE DU " TIENS, TIENS "
RIGUINGUETTE ET RIGUINGOT

AIR DU VRAI BONHEUR OU CHANSON DU CONSTRUIRE ET DU JARDINER

Construire et jardiner - mais en petit - c'est faire le plaisir à
son coeur d'être heureux sur la terre.

Ma petite maison, tant d'amour j'y ai mis, que les papillons bleus
du jour viennent la voir.

Mon petit jardin sur la terre est si joli que les étoiles viennent
le regarder le soir.

Ma petite fenêtre à nos yeux a promis, un soir, de marier la lune
et l'arrosoir.

Nous avons invité toute la voix lactée, les tuiles de la maisonnette,
ah! et nos fleurs,

ah! et la rosée aux beaux yeux et nos deux coeurs, et la toute
petite girouette enchantée.

Construire et jardiner - mais en petit - c'est faire le plaisir à
deux coeurs d'être heureux sur la terre.

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AUTOUR DE L'OCEAN

Est-ce la terre, est-ce la mer qu'on cherche avec de la lumière?

Ils sont là cent avec des torches, sur les plages noires, sur les
plages d'or.

Ils sont là cent, ils sont là mille, qui font le tour de l'Océan.

On les voit de la pleine mer, on les voit du fin fond des terres.

Ils sont là mille ou des millions avec des torches sur leur front...

Et ce n'est qu'un collier, un collier d'amulettes, les phares, autour
de l'Océan,

Tous coiffés d'un rubis, comme des allumettes, sur les plages de
l'Océan.

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BALLADES PROVENçALES. LA MEDITERRANNEE

La plus belle fleur du monde, c'est la fleur à corolle bleue.

La plus belle fleur à la ronde, c'est aussi la fleur des cieux.

La plus belle fleur odorante, c'est l'immense mer odorante.

O Méditerrannée, est-ce à fleur de tes ondes que les dieux respirent

le mieux?

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CHANSON DES GIFLES DU VENT


Combien de fois, depuis mes jeunes ans, combien de fois m'aura giflé le vent !
Au temps de ma jeunesse, c'était gifle en caresse,
au temps de mes vingt ans, comme gifle un serment ,
au temps de mes trente ans, comme gifle entre amants,
quand j'eus pris l'air penché, gifle au pédant fâché,
voyez ce dos courbé, gifle au gaga-bébé,
au temps (par tous les temps gifle la faux du Temps)
au temps où Mort vous griffe, soudain la Gifle-Gifle,
la der, en ouragan, et celle que j'attends.
- Combien de fois, depuis mes jeunes ans, combien de fois m'aura giflé le vent .

Ferveur française. Ballades périgourdines

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CHANSON DU FOU MELE-TOUT


Je suis fou ? moi ? fou ! c'est comique ! fou à lier ? moi ! le grand Centaure qui n'ai jamais eu la colique et suis monté sur le Mont-Dore, avec mon cheval mécanique portant en croupe Monsieur Paul-Fort ? ah ! mes amis, y a d'l'abus, y a d'l'abus, y a d'l'abuchodonosor

Le jour sous les étoiles d'or, la nuit sous un soleil de paille, j'ai vu cent lapins, cent trésors, avec des yeux en gousse d'ail, entrer dedans et sauter hors la poche de l'épouvantail, ah ! mes amis, y a d'l'abus, y a d'l'abus, y a d'l'abuchodonoso r

On dit qu'au paradis, c'est fort ! les derniers seront les premiers, les premiers seront les derniers, François 1er donc aura tort, et tort Napoléon 1er - et Gugusse qu'habite au premier ! mes amis, d'l'abus, y a d'l'abus, y a d'l'abucentaure, sans tort ? sans âme et sans corps, y a d'l'abuchodonosor...

Contes de ma soeur l'oie. A la manière d'Alcofribas et d'Arouet

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CHANSON DU PETIT MOUTON QUI BELE SUR LA FALAISE

C'est un petit mouton bêleur qui ne sait s'il a du malheur.

Il bêle parce que bêler, c'est comme étoiles s'étoiler.

Même la nuit tout seul il bêle. Pas même un feu rose à la ronde...

Il bêle vers la mer profonde toute la détresse du monde.

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CHANSON DU VA-ET-VIENT DU VENT


Sur ma joue un baiser.
Oui, le vent passe.
Sur ma joue nulle trace
du vent passé.

Sur ta joue un baiser.
Oui, le vent passe.
Sur ta joue nulle trace
de vent glissé

Sur nos joues un baiser.
Oui, le vent passe.
Sur nos joues nulle trace
du vent glacé.

Ferveur française. Le cahier d'amour

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COMPLAINTE DU PETIT CHEVAL BLANC

Le petit cheval dans le mauvais temps,
qu'il avait donc du courage!
C'était un petit cheval blanc,
tous derrière et lui devant.

Il n'y avait jamais de beau temps
dans ce pauvre paysage.
Il n'y avait jamais de printemps,
ni derrière ni devant.

Mais toujours il était content,
menant les gars du village,
à travers la pluie noire des champs,
tous derrière et lui devant.

Sa voiture allait poursuivant
sa belle petite queue sauvage.
C'est alors qu'il était content,
eux derrière et lui devant.

Mais un jour, dans le mauvais temps,
un jour qu'il était si sage,
il est mort par un éclair blanc,
tous derrière et lui devant.

Il est mort sans voir le beau temps,
qu'il avait donc du courage !
il est mort sans voir le printemps
ni derrière ni devant.

Tiré du recueil Mortcerf - 1909
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ETYMOLOGIE COMMODE


Voyez donc, que c'est commode ! grammairien sans vergogne

C'est du Bon et c'est de l'Heur qu'est né le Bonheur.

C'est du Dor et de la Dogne qu'est née la Dordogne.

Ainsi, dans un autre mode, voyez comme c'est commode !

C'est du shake et c'est de pear qu'est né Shakespeare.

Autant dire en français, voire, Hoche-Poire.

C'est commode et c'est de l'Histoire.

Mais va pour Dor, va pour Dogne. Et vive la vive Dordogne !

Ferveur française. Ballades périgourdine

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L' arbre à poèmes


-Sors de ce vieux bourbier à poésie, poète !
de sa vase gluante aux crapauds endormis.
Soulève-toi d'horreur, mais non plus
à demi, couverts de lieux communs épais,
d'images blettes.

Jarrets gonflés par ton effort, soulève-toi
des eux croupies du Rêve. -Oui, c'est
fait. Mais pourquoi, resté-je ainsi courbé,
vaincu par mon effort ! Un peuple de
sylvains me nargue sur ces bords ?...

A leurs cris je me dresse en piétinant
d'orgueil. Que fais-je là ? Je prends
racine, je m'enfeuille, et j'entends rire
Pan au cœur de ma feuillée... Je suis
un arbre à poèmes : un poémier.



L' arbre à poèmes.Un poémier; 1922

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L' ECUREUIL


- Ecureuil du printemps, écureuil de l'été, qui
domines la terre avec vivacité, que penses-tu
là-haut de notre humanité ?

- Les hommes sont des fous qui manquent
de gaîté.

- Ecureuil, queue touffue, doré trésor des bois,
ornement de la vie et fleur de la nature, juché
sur ton pin vert, dis-nous ce que tu vois ?

- La terre qui poudroie sous des pas qui
murmurent.

- Ecureuil voltigeant, frère du pic bavard, cousin
du rossignol, ami de la corneille, dis-nous
ce que tu vois par delà nos brouillards ?

- Des lances, des fusils menacer le soleil.

- Ecureuil, cul à l'air, cursif et curieux, ébouriffant
ton col et gloussant un fin rire, dis-nous
ce que tu vois sous la rougeur des cieux ?

- Des soldats, des drapeaux qui traversent
l'empire.

- Ecureuil aux yeux vifs, pétillants, noirs et
beaux, humant la sève d'or, la pomme entre
tes pattes, que vois-tu sur la plaine autour de
nos hameaux ?

- Monter le lac de sang des hommes qui se
battent.

- Ecureuil de l'automne, écureuil de l'hiver, qui
lances vers l'azur, avec tant de gaîté, ces
pommes... que vois-tu ?

Demain tout comme Hier.

Les hommes sont des fous et pour l'éternité.

L'alouette

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LA GRENOUILLE BLEUE


Nous vous en prions à genoux , bon forestier, dites-nous-le ! A quoi reconnaît-on chez vous la fameuse grenouille bleue ?

A ce que les autres sont vertes ? à ce qu'elle est pesante ? alerte ? à ce qu'elle fuit les canards ? ou se balance aux nénuphars ?

A ce que sa voix est perlée ? à ce qu'elle porte une houppe ? à ce qu'elle rêve par troupe ? en ménage ? ou bien isolée ?

Ayant réfléchi très longtemps et reluquant un vague étang, le bonhomme nous dit : Eh mais, à ce qu'on ne la voit jamais !

Tu mentais, forestier. Aussi ma joie éclate ! Ce matin je l'ai vue : un vrai saphir à pattes. Complice du beau temps, amante du ciel pur, elle était verte, mais réfléchissait l'azur.

Ballades françaises. Deux chaumières au pays de l'Yveline, 1916

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LA MER
La mer brille
Comme une coquille;
On a envie de la pêcher.
La mer est verte,
la mer est grise
elle est d'azur,
elle est d'argent et de dentelle.

Ballades françaises.

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LA RONDE AUTOUR DU MONDE

Si toutes les filles du monde voulaient s'donner la main,
tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.

Si tous les gars du monde voulaient bien êtr' marins,
ils f'raient avec leurs barques un joli pont sur l'onde.

Alors on pourrait faire une ronde autour du monde,
si tous les gens du monde voulaient s'donner la main

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LA TORTUE EN MARCHE


Halte. Au pas. Halte. Au pas. Halte. Au pas. On s'arrête. On repart. On s'arrête. On repart. On s'arrête. On repart. Gare à l'orvet. Gare au lézard. Tête à droite. Tête à gauche. Tête en dedans. Tête dehors. Tête par-dessous. Croque laitue. Croque romaine. Crotte ! un caillou. Dans les jardins français, mademoiselle Tortue, dans les jardins anglais, miss Tortuette, dans les jardins espagnols, segnorita Tortuina, romains, dame illustrissima Torticolis, pardon ! Tortucoli, germains, fraulein Tortumoch, turcs, épouse Tortukhan, russes, baronne Tortuowa, persans, sultana Tortour, japonais, geisha Toutuyagata, chinois, madame Tortu-King enfin, qu'elle se nomme de son petit nom Titine, Georgina, Conchita, Béatrice, Charlotte, Aïssé, Alioucha, Badroulboudour, Laï-Ti-Thé ou Perle-Limpide, elle ne va, n'ira jamais plus vite que le tortillard de Montlhéry, que la pensée du philosophe, que les points de suspension, que le geste du semeur, que l'éternité, que Dieu même ou les Etoiles du ciel nommées Fixes, et pourquoi donc irait-elle plus vite ? Elle n'a pas de train à prendre, de chèque à toucher à la banque de France, et pourquoi sautiller, courir, bondir, puisque vers sa mort tardive et sereine elle va sans peine, sans trop d'amour, sans trop de haine, eh ! oui, pourquoi se donnerait-elle de la fièvre, puisque s'en allant vers la fontaine, elle va toujours plus vite que le lièvre ? Donc - au pas ! - le train-train a du bon - et si, rêveuse un soir, la tête en ostensoir, avec deux petits yeux noirs, on veut commodément contempler le firmament et conséquemment, particulièrement, la constellation de la Tortue belle à voir, on se met sur le dos. Mais ça fait dormir... Dodo. Et le lendemain matin, par la flouve et le thym, les marguerites du gazon, les allées du jardin, le sable d'or, les feuilles de roses décloses, le potager surtout ! on recommence, on va, petits pas à petits pas... Halte. Au pas. Gare aux trous. Gare aux mottes. Gare aux pieds de choux. Croque laitue. Croque romaine, Crotte ! un caillou.

Contes de ma soeur l'oie. A la manière d'Alcofribas et d'Arouet

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LE BAL DES ICEBERGS

C'est un bal d'enfants échappés loin de leurs parents dont les gros
pieds sont attachés au pôle. C'est frivolée d'enfants de cent mètres de
haut, gamins et gamines aux mines toutes drôles

qui font la révérence en cadence, les unes sur des vagues houlant
jusqu'au ciel mauve et rose, et font les autres une ronde sous la lune,
la Ronde autour du Monde... ou de quelque autre chose,

mettons la ronde opaque autour du Pôle Austral - autant que
transparente, ainsi le veut la glace - puis, soudain, c'est la Valse,
la Valse, la Valse de l'Ouragan signée de Métra ce mistral !

Valsez, tournez, sautez, icebergs, doux folâtres, vous m'êtes plus
lointains que ne m'est le théâtre du Châtelet, celui de ma petite
enfance que je pleure, - yeux givrés déjà pleurant ma France.

Empire de France. Ballades Antarctiques et de la Terre Adélie. 1953

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LE BONHEUR


Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite,
cours-y vite. Le bonheur est dans le pré.
Cours-y vite. Il va filer.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y
vite. Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va
filer

Dans l'ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y
vite, dans l'ache et le serpolet, cours-y vite. Il
va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y
vite, sur les cornes du bélier, cours-y vite.
Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y
vite, sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va
filer.

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y
vite, de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va
filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y
vite. Saute par-dessus la haie, cours-y vite !
Il a filé !

L'alouette

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LES DIFFERENCES


T'es pas la même que moi, c'est sûr. T'es toute petite devant moi. Mais quand j'te quitte, ah ! tu grandis ! t'es sur la mer une grande figure, qui grimpe au ciel, qui couvre tout. Moi, je suis toujours moi pour moi. Dans mes souvenirs je n'grandis pas. J'suis à ma taille dans mes souvenirs. C'est déjà ça, mignonne d'amour !... T'es pas la même que moi, c'est sûr. T'es toute petite quand t'es devant moi. Mais quand j'suis loin, quand j'pense à toi, dans mes souvenirs tu couvres tout, la mer, le ciel, la nuit, le jour ! Et ça, c'est trop mignonne d'amour.

Ballades françaises

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LE JOUR BRILLE


Le jour brille pour l'hirondelle, il brille pour
le passereau, pour les amoureux et leurs belles,
pour la taure et pour le taureau, pour toi, pour
lui, pour eux, pour elle, pour Bagdad et pour
Chenonceaux, pour ma petite âme immortelle,
pour le pauvre et pour les pourceaux,

même il brille, à ce qu'on nous jure, de l'autre
côté de ce monde - ayant troué la mer profonde -
pour un oiseau d'or et d'azur, d'azur
et d'or et de rubis : le jour brille alors pour lui-
même, le jour brille pour le soleil, sur les ailes
du paradis ;

là-bas, sur des lacs de vermeil, l'astre en feu
se mirant plus beau, le jour brille pour le soleil
réfléchi par le chœur des eaux, et jusqu'au fond
des nuits le jour, sur des astres, brille pareil à
son créateur et, toujours, le jour qui s'adore
lui-même,

le jour brille pour le soleil !

L'alouette

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LE ROI DE VERRIERES OU LES ENFANCES-BOURRELIER

Qu'il a joliment fait, ton père, qu'il fut donc un père avisé, digne
de mon respect sévère, comme aussi d'être éternisé

par mes chants émus; qu'il fit bien d'acheter le plus beau des
biens, ce clair château, ce parc féé, ou gamin, tu t'es recréé
[...]

Qu'il eut bon goût de se l'offrir, pour toi d'abord, eh! mais autant
pour ta femme et pour tes enfants, ce bien si beau qu'il m'en fit rire

à coeur joie dès la vue première, puis rêver une année entière aux
entrelacs du Bois Loriot, gardien pur du secret de l'eau;

rêver baller aux longs soirs d'août sur l'immense ovale prairie!
- Qu'il fit bien d'en payer le coût aux gros Bertin, fût-ce un gros prix!
[...]

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LES JOUEURS INNOCENTS OU LA CHANSON DES COUCOUS


Les coucous jouent à cache-cache, pondant les
oeufs de coucoutiaux (coucou ! font-ils, pour qu'on le
sache ) dans le nid des autres oiseaux.

Orchestre du ciel, joue des airs à ces coucous si
bien nichés. O ! entre tous les migrateurs ouïr l'oie
au hautbois bouché,

c'est délice ; et vivre en ce Perche en coucou hor-
loger qui perche, tantôt sur le coq de l'église, tantôt
sur la berceuse perche

des meules, qu'un souffle éolise, c'est jeu divin,
c'est vie exquise, et coucoute ! embrasser ton cou !
- " Cours, mon coucou !... Coucou ! Coucou ! "

Ferveur française. Ballades percheronnes

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L'HORLOGE DU BRACONNIER

Marquant l'heure aux clochers transparents de la nuit, la lune
ronde est une horloge où le temps fuit. - Pas d'aiguilles encore à la
lune ce soir? Et les bedeaux n'ont pas tourné son remontoir? Les
heures sonneront quand même après minuit : chut ! écoutez sous
bois le silence et les bruits. Une heure, le pinson, deux, la fauvette
noire, deux heures et demie, la caille et la fauvette à ventre rouge,
trois, le merle et la huette, quatre heures, la mésange à tête brune,
et haut ! l'alouette grisette, et cinq, tous les moineaux. (Le rossignol
est fou qui chante et chante à seaux, de la mi-nuit au jour : son
mal est sans espoir.) Eh! que fait s'il n'y a - tout comme des
ciseaux coupant, menu menu, le Temps en fins morceaux - deux
aiguilles encore à la lune ce soir, et n'a, le Grand Bedeau, tourné le
Remontoir? que fait au braconnier? L'heure est dans les oiseaux.

Ballades françaises. Deux chaumières au pays de l'Yveline, 1916

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MERLIN L'ENCHANTEUR


" Par ma barbichette ! " s'écriait Merlin. Aussitôt, des trous, sortaient les lapins. Dans la rosée, ils se mettaient vite à leur toilette. Et je te lave les pattes ! et je te lave la tête ! Bien propres ils cueillaient chacun une petite fleur et, une ! deux ! trois ! debout ! trottinette ! trottinin ! faisaient à Merlin une garde d'honneur. Et tous chantaient au fin matin dans leur latin : " L'as-tu vu, l'as-tu vu, la barbichette à Merlin ! "

Contes de ma soeur l'oie. A la manière d'Alcofribas et d'Arouet

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MONTAGNE


Du coteau qu'illumine l'or tremblant des genêts, j'ai vu jusqu'au lointain le bercement du monde, j'ai vu ce peu de terre infiniment rythmée me donner le vertige des distances profondes.

L'azur moulait les monts. Leurs pentes alanguies s'animaient sous le vent du lent frisson des mers. J'ai vu mêlant leurs lignes, les valons rebondis trembler jusqu'au lointain de la fièvre de l'air.

Là, le bondissement au penchant du coteau des terres labourées où les sillons se tendent, courbes comme des arcs où pointent des moissons avant de s'élancer vers le ciel dans l'air tendre ,

Là se creuse un vallon sous des prés en damier, que blesse en un repli la flèche d'un clocher ; ici des roches rouges aux arêtes brillantes se gonflent d'argent par où croule une eau fumante.

Plus loin s'étage encore une contrée plus belle, où luisent des pommiers près de leur ombre ronde . Là, dans un creux huileux de calme, le soleil, où vit une prairie fait battre une émeraude.

... Je me tenais debout entre les genêts d'or, dans le soir où Dieu jette un grand cri de lumière,... et je levais tremblant la palme de mon corps vers cette grande voix qui rythme l'univers.

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OMBRE DES BOIS

Je suis tout à la tristesse de ma vie perdue dans les bois que le
vent berce.

Je suis tout à la détresse de ma vie sans but dans l'ombre des
bois touffus.

Mon bonheur est d'y frémir, je m'y sens perdu. Tout ajoute à
ma tristesse.

Je le dis, j'ai du plaisir dans les bois touffus qu'aucun sentier ne
traverse.

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PROSE DU " TIENS, TIENS "


Les enfants qui ne voient pas du tout, mais pas du tout de barbe à leur papa ni à leur maman, lèvent toujours le doigt vers la barbe du monsieur à barbe, en disant : " Tiens, tiens. "

De même les enfants qui ne voient pas du tout mais pas du tout de fin à la robe de la mariée - lorsque le suisse et le garçon d'honneur s'emberlificotent dedans - baissent toujours un doigt, au seuil de l'église, vers cette queue interminable en disant : " tiens, tiens. "

De même les enfants qui ne voient pas du tout mais pas du tout de franges ni de queue aux étoiles, ni au soleil ni à la lune, dressent toujours un doigt vers les étoiles filantes qui filent dans le ciel - alors ils disent : " Tiens, tiens. "

De même les enfants studieux - le nez sur leur carte de géographie - qui ne voient pas du tout, mais pas du tout, ni de franges, ni de barbes, ni de queue à l' Afrique, imaginent très bien ce gigantesque cerf-volant s'envolant tout à coup avec pour franges les vagues écumeuses du Cap des tempêtes, avec pour barbe la barbe bleue de l'océan Pacifique, avec pour queue enfin toutes les îles de l'Océanie et tous les enfants du Monde, la main dans la main, à l'extrême bout... et c'est alors le prof' de géo qui dirait : " Tiens, tiens. "

Contes de ma soeur l'oie. A la manière d'Alcofribas et d'Arouet

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RIGUINGUETTE ET RIGUINGOT


Coqu'licot, marchand de bestiaux, à Limog's veut marier sa fille aux yeux jonquille, au nez roussiot, sa Riguinguette à Riguingot.

Quand ils vinrent à se mettre à table, les puces quatre à quatre, les poursuivaient au grand galop. Et Riguinguette et Riguingot

Quand ils furent pour se coucher, ils n'avaient draps ni oreillers. Ils se couchèrent sur des fagots. Et Riguinguette et Riguingot.

Comme ils rêvaient de leurs poussins, ont vu leurs poulains limousins qui pondaient des oeufs de chevaux. Et Riguinguette et Riguingot

Quand ils entendirent l'horloge sonner treize heures à limoges, " T'as mangé trop de haricots " dit Riguinguette et Riguingot.

Quand ils se levèrent -hi ! hi ! - la mariée pissa au lit . Le marié très en colère s'en vint chercher le commissaire.

Le commissaire se met à rire. En fait pipi dans sa chemise. Que ça coulait dans ses sabots. Et Riguinguette et Riguingot.

Alors chacun s'en fut au pot. Et Riguinguette et Riguingot. Ça n'était-y pas plus honnête ? Riguingot de la Riguinguette ?

Le curé dans une guinguette. Le Maire dans ses goguenots . Le maquis au water-chosette, Limogeot de la Limogette !

Vous pensez alors quelle fête à pétards, tambours et trompettes ce fut pour limog's et ses pots : tous en porcelaine à fleurettes.

Et Riguin et Riguingot !

Ferveur française. Ballades limousines

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